Sur une boîte de filtre à eau, vous lirez « élimine 99,99999 % ». 7 fois le chiffre 9, c'est impressionnant. Mais la boîte ne dit pas toujours de quoi, et c'est pourtant là que tout se joue.
Il y a 3 familles de choses à retirer de l'eau, et elles n'ont pas du tout la même taille. C'est la taille qui décide de ce qui passe.
Les 3 familles, et leur taille
Les bactéries — E. coli, salmonelle, choléra — mesurent de 0,2 à 5 micromètres. Ce sont les plus grosses, et les plus faciles à arrêter.
Les protozoaires — giardia, cryptosporidium — sont encore plus gros : de 4 à 15 micromètres sous leur forme de kyste. Le giardia, c'est la « fièvre du castor » qu'on attrape dans un ruisseau d'apparence parfaite.
Les virus — norovirus, rotavirus, hépatite A — mesurent de 0,02 à 0,3 micromètre. 10 à 100 fois plus petits qu'une bactérie.
Un filtre à fibre creuse, celui qu'on trouve dans presque toutes les pailles et les gourdes filtrantes, travaille à 0,1 ou 0,2 micromètre. Faites le calcul : il bloque les 2 premières familles, et il laisse passer la troisième.
Ce n'est pas un défaut de fabrication. C'est la physique du tamis.
Quand les virus comptent, et quand ils ne comptent pas
Les virus qui rendent malade dans l'eau sont d'origine humaine. Ils arrivent par des eaux usées — une fosse septique qui déborde, un égout débordé, une installation en amont.
Là où le risque est faible : un ruisseau de montagne sans habitation en amont, un lac de tête, une source. Les castors y mettent du giardia, les animaux y mettent des bactéries, mais les virus humains n'y sont pas. Un filtre ordinaire suffit.
Là où le risque est réel :
- En aval d'un village ou d'un camping. Vous ne voyez pas toujours ce qu'il y a en amont.
- Après une inondation. Au printemps, l'eau qui monte emporte les fosses septiques avec elle. C'est le scénario qui transforme un cours d'eau sûr en égout pendant 2 semaines.
- Pendant un avis d'ébullition. Si la municipalité dit de faire bouillir, c'est souvent parce qu'il y a eu contamination fécale. Un filtre à fibre creuse ne remplace pas l'ébullition dans ce cas-là.
- En voyage, dans des régions où l'assainissement est incertain.
Les 3 façons de régler les virus
L'ébullition. Gratuite, totale, et elle ne tombe jamais en panne. Santé Canada recommande une minute à gros bouillons. Tout ce qui est vivant meurt. L'inconvénient : il faut du combustible, du temps, et attendre que ça refroidisse.
Les pastilles de purification. Elles tuent les virus et les bactéries. Légères, bon marché, elles se glissent dans n'importe quelle poche.
Un purificateur. Certains appareils descendent assez bas, ou ajoutent un traitement chimique intégré, pour traiter les virus en plus du reste. Ils coûtent plus cher, et ils sont rares.
Le détail qui change tout : filtre et pastilles ne font pas le même travail
Voici ce que peu de gens savent, et c'est la raison pour laquelle je mets toujours les 2 dans un sac.
Les pastilles au chlore tuent les virus et les bactéries, mais le cryptosporidium y résiste. Ce parasite a une coquille qui encaisse le chlore aux doses normales. Pour l'éliminer, il faut un filtre — ou une attente de plusieurs heures.
Le filtre, lui, retient le cryptosporidium sans problème, mais laisse passer les virus.
Chacun a exactement le trou que l'autre bouche.
Filtrez d'abord, traitez ensuite. Le filtre retire les parasites et la turbidité; la pastille s'occupe des virus dans une eau devenue claire — et le chlore travaille bien mieux dans une eau claire que dans une eau trouble. Ensemble, pour une vingtaine de dollars de plus, vous couvrez les 3 familles.
Ce qu'aucun filtre ne fait
Il faut aussi savoir où s'arrête l'outil.
Aucun filtre portatif n'enlève le sel dissous : l'eau de mer reste imbuvable, et l'eau salée par un déglaçage routier aussi. Aucun n'enlève les nitrates du ruissellement agricole — un vrai enjeu dans les secteurs de grande culture. Aucun n'enlève la contamination radioactive.
Et un filtre colmaté par le limon cesse de fonctionner. Devant une eau brune, laissez décanter dans un seau pendant une heure, puis passez le dessus dans un linge avant de filtrer. Votre filtre durera 10 fois plus longtemps.
Enfin : un filtre n'est pas une réserve
C'est l'erreur que je vois le plus souvent. Un filtre rend une source potable; il n'en crée pas.
S'il n'y a pas de ruisseau, pas de lac, pas de baril de pluie à portée de marche, votre filtre ne vous donnera pas une goutte. L'eau entreposée passe avant — et c'est le sujet d'un autre texte.
Le filtre vient ensuite, pour le jour où la réserve s'épuise.
Pour choisir
J'ai monté un tableau comparatif de 19 filtres, de la paille à 15 dollars jusqu'aux systèmes de comptoir par gravité. Chaque modèle y est comparé sur ce qui compte : le seuil de filtration, et surtout ce qu'il retient vraiment — bactéries, protozoaires, virus, goût et métaux.
2 des 19 traitent les virus. Les 17 autres non, et la page le dit pour chacun.