Février est le mois où cette question devient concrète. C'est en octobre qu'on y répond.
Le chauffage s'arrête, la maison perd un degré à l'heure, et quelqu'un dans la famille propose une idée qui semble raisonnable.
C'est là que ça se joue. Parce que la moitié des idées raisonnables, en matière de chauffage d'appoint, sont mortelles.
Je vais donc commencer par la partie qui compte le plus.
Ce qui ne s'utilise jamais à l'intérieur
Tout appareil qui brûle quelque chose consomme de l'oxygène et rejette du monoxyde de carbone. Dans une pièce fermée, ça devient un piège.
- Une génératrice. Ni dans la maison, ni dans le garage même porte ouverte, ni sous un abri d'auto, ni près d'une fenêtre ou d'une prise d'air.
- Un barbecue, au propane comme au charbon. Jamais à l'intérieur, jamais dans le garage, jamais sur un balcon fermé.
- Un réchaud de camping. Même les petits modèles à cartouche. Dehors uniquement.
- Une chaufferette au propane non conçue pour l'intérieur — et lisez l'étiquette, pas la description du vendeur.
- Le four de la cuisinière, porte ouverte. C'est une idée qui revient chaque hiver, et elle est dangereuse au gaz comme à l'électricité : au gaz pour le monoxyde, à l'électricité pour le risque d'incendie et de brûlure.
- L'auto qui tourne dans le garage, même porte entrouverte.
Un avertisseur de monoxyde à pile est la seule protection réelle. Testez-le, et vérifiez sa date de fabrication au dos : le capteur meurt après 7 à 10 ans, même si le voyant clignote encore.
Ce qui s'utilise à l'intérieur
La liste est plus courte, et c'est normal.
Les appareils électriques, alimentés par une station d'énergie ou par une génératrice restée dehors. Aucune combustion, donc aucun monoxyde. Une petite chaufferette céramique consomme beaucoup — de 750 à 1 500 W — donc elle vide une batterie rapidement, mais pour réchauffer une seule pièce quelques heures, ça fonctionne.
Un poêle à bois ou un foyer correctement installé et ramoné. C'est la meilleure solution qui existe pour une panne longue, à 3 conditions : que la cheminée soit dégagée, que le bois soit déjà chez vous et à l'abri, et qu'un détecteur de monoxyde soit installé dans la pièce.
Les chandelles de survie et les chaufferettes chimiques — utiles, mais soyons honnêtes sur leur portée : elles réchauffent des mains, pas une pièce. La chandelle reste par ailleurs une cause d'incendie majeure. Jamais sans surveillance.
Les 2 exceptions, et pourquoi elles n'en sont pas vraiment
J'ai écrit plus haut que tout ce qui brûle consomme de l'oxygène et rejette du monoxyde. C'est vrai. Mais il existe 2 façons de contourner le problème, et il faut les connaître parce qu'elles se vendent en quincaillerie à côté de ce qui est dangereux, sans que rien ne les distingue à l'œil.
Le capteur de déplétion d'oxygène. Certains chauffages au propane et au kérosène portent un petit capteur — un ODS — qui coupe la flamme quand l'oxygène de la pièce descend sous un seuil. L'appareil brûle toujours dans votre air, mais il s'arrête avant que votre air ne manque. C'est ce capteur, et lui seul, qui autorise la mention « d'intérieur » sur une boîte. Un modèle qui ne l'a pas n'est pas un modèle moins cher : c'est un autre produit.
La combustion étanche. Les chauffages au diesel de camion et de VR fonctionnent autrement : la chambre de combustion est scellée, l'air du brûleur entre par un tuyau qui vient de dehors, les gaz repartent par un autre tuyau qui va dehors. Rien de la combustion ne touche l'air que vous respirez — seul un échangeur de chaleur traverse la cloison. C'est le seul principe qui permet de brûler un combustible et de dormir à côté. En contrepartie il faut percer une paroi, et ces appareils ne sont pas homologués pour une maison : c'est du matériel de roulotte, de cabane et d'atelier.
Ces 2 exceptions ne changent pas la règle, elles l'expliquent. Le danger n'a jamais été la flamme en soi. C'est le fait de partager son air avec elle.
J'ai mis 21 appareils côte à côte — propane, kérosène, diesel de VR et électrique — classés précisément selon cette question : est-ce qu'on peut l'allumer en dedans ? Le tableau donne 3 réponses, et la colonne compte plus que le prix.
Ce qui réchauffe sans rien brûler
C'est la partie que les gens négligent, et c'est pourtant celle qui donne le plus de degrés par dollar.
Réduisez le volume. On ne chauffe plus une maison, on chauffe une pièce. La plus petite, idéalement au sud, avec le moins de fenêtres. Fermez les portes des autres pièces, bloquez le bas des portes avec des serviettes.
Fermez les rideaux la nuit, ouvrez-les au soleil. Une fenêtre nue laisse partir énormément de chaleur après la tombée du jour. Un simple drap suspendu sur une grande baie vitrée fait une différence mesurable.
Montez un abri dans l'abri. Une tente de camping dressée dans le salon, ou des couvertures tendues sur une table, réduit le volume à réchauffer à quelques mètres cubes. Le corps humain suffit alors à maintenir la température. Les enfants adorent, ce qui règle du même coup la question du moral.
Isolez-vous du sol. Un plancher froid pompe la chaleur du corps toute la nuit. Un matelas, des couvertures pliées, un tapis de camping — n'importe quoi entre vous et le plancher.
Habillez-vous comme pour dehors. En couches, avec une tuque. Et aucun coton : mouillé de transpiration, il refroidit au lieu de réchauffer. La laine mérinos ou le synthétique gardent leur pouvoir isolant même humides.
Mangez et buvez chaud. La digestion produit de la chaleur, et la déshydratation accélère le refroidissement. On se déshydrate en hiver sans s'en rendre compte.
Dormez ensemble. Tout le monde dans la même pièce, sous les mêmes couvertures. C'est efficace, et c'est rassurant pour les enfants.
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Réserver mon bilan gratuitLe vrai calcul d'une maison québécoise
Une maison bien isolée perd environ un degré à l'heure quand le chauffage s'arrête, par temps normal. Une maison ordinaire, 2 fois plus.
Partant de 21 °C, vous avez donc grosso modo :
- 6 à 12 heures avant de descendre sous 15 °C — inconfortable, sans plus
- 24 à 48 heures avant de passer sous 10 °C — la limite du raisonnable
- Plusieurs jours avant que les tuyaux risquent de geler, si la maison reste fermée
Ces chiffres disent quelque chose d'important : vous avez plus de temps que vous ne le croyez. Il n'y a pas d'urgence à improviser une solution dangereuse dans la première heure. Il y a le temps de réfléchir, d'appeler, et de décider calmement.
Quand partir
C'est la décision qu'on repousse trop longtemps, souvent par orgueil. 3 signaux :
- La maison est sous 10 °C et continue de descendre, sans source de chaleur sécuritaire
- Quelqu'un est vulnérable : nourrisson, personne âgée, appareil médical électrique
- Le rétablissement est annoncé au-delà de 24 heures et vous n'avez pas d'appoint
Partir n'est pas un échec, et ça se décide beaucoup mieux à 20 h avec les routes praticables qu'à 3 h du matin dans une maison à 6 °C. Si votre sac d'évacuation est près de la porte, l'affaire prend 30 secondes.
Avant de fermer derrière vous : baissez le thermostat, et si vous partez plusieurs jours, fermez l'entrée d'eau et vidangez au robinet le plus bas.
Ce que je ferais avant les premiers gels
3 choses, par ordre d'importance :
Un détecteur de monoxyde de carbone à pile, dans la pièce où vous vous replieriez. C'est l'achat le plus rentable de toute la préparation d'une maison.
Décider maintenant quelle pièce vous chaufferiez, et vérifier qu'elle se ferme, qu'elle a peu de fenêtres, et qu'il y a de quoi s'isoler du plancher.
Une source de chaleur sécuritaire, adaptée à votre maison : bois avec réserve déjà rentrée, propane à capteur d'oxygène, ou électrique alimentée par une station d'énergie. Le comparatif des 21 appareils les classe par ce qu'ils ont le droit de faire, et la page solaire couvre l'appoint si vous voulez tenir plus longtemps.
Rien de tout ça ne demande un bunker. Ça demande une décision prise en octobre plutôt qu'en pleine tempête.