Le quatrième jour : quand la génératrice n'a plus d'essence

Trois jours de réserves, c'est la recommandation officielle. Mais au Québec, les pannes dont on se souvient durent plus longtemps — et le quatrième jour a sa logique propre.

Par , consultant en préparation d'urgence · · 1018 mots

La plupart des pannes durent quelques heures. Celles dont on se souvient durent des jours.

En janvier 1998, des municipalités de la Montérégie ont passé plus de trente jours sans courant. En décembre 2022, plus d'un million de foyers québécois se sont retrouvés dans le noir la veille de Noël. En avril 2023, le verglas a coupé l'électricité à un nombre comparable d'abonnés, et certains l'ont attendue près d'une semaine.

Vos réserves tiennent probablement soixante-douze heures. C'est la recommandation officielle et c'est un bon départ. Mais le quatrième jour obéit à une autre logique, et j'ai remarqué que presque personne ne l'anticipe.

Le problème n'est pas la génératrice, c'est ce qu'elle boit

Une génératrice portative de 5 000 W consomme entre deux et trois litres à l'heure lorsqu'elle tourne à mi-charge. Personne ne la fait fonctionner vingt-quatre heures sur vingt-quatre : on l'allume quelques heures le matin, quelques heures le soir, le temps de relancer la fournaise, de refroidir le réfrigérateur et de recharger ce qui doit l'être.

Comptez tout de même une vingtaine de litres par jour.

Le bidon de 20 litres rangé dans le garage représente donc une seule journée. Deux bidons, deux jours. C'est exactement le moment où la panne de trois jours devient une panne de cinq.

Et l'essence entreposée sans stabilisateur se dégrade en quelques mois. Celle que vous gardez « au cas où » depuis l'automne dernier ne vaut peut-être plus grand-chose.

Pourquoi la station-service ne vous sauvera pas

C'est le raisonnement qui manque dans presque toutes les maisons que je visite : « s'il en manque, j'irai en chercher ».

Une pompe à essence fonctionne à l'électricité. Quand la panne est régionale — et au Québec, le verglas et les grands vents ne coupent jamais une seule rue — les stations de votre secteur ne pompent pas davantage que votre voisin n'éclaire son salon. Il faut sortir de la zone touchée.

Sortir de la zone suppose des routes praticables. Or ce sont les mêmes branches et les mêmes fils qui tombent sur les routes et sur les lignes. En 1998, des rangs sont restés impraticables plusieurs jours.

Et si vous y parvenez, vous n'êtes pas seul : tout le monde a eu la même idée, en même temps, avec les mêmes bidons.

La station d'énergie a la même faiblesse

Une station portative règle élégamment le problème du bruit et du monoxyde. Mais elle contient une quantité d'énergie finie, et quand elle est vide, il faut la recharger.

La recharger avec quoi ?

Au jour quatre, la prise murale ne donne rien et la génératrice économise son carburant. Vous vous retrouvez avec une grosse batterie inerte, ce qui est précisément ce que vous cherchiez à éviter.

Ce que le solaire change — et ce qu'il ne change pas

Le solaire a un seul avantage sur tout le reste, mais il est décisif : il se réapprovisionne seul. Aucun bidon, aucune route, aucune file d'attente. Tant qu'il fait jour, il rentre de l'énergie.

Je préfère être clair sur le reste, parce qu'on vend beaucoup de rêve dans ce domaine.

En décembre, sous notre latitude, une installation fixe produit le quart au tiers de ce qu'elle donne en juin. Les journées sont courtes, le soleil est bas, et le ciel de verglas est gris pendant des jours. La neige s'accumule sur les panneaux — ceux qui sont inclinés s'en débarrassent, ceux qui sont posés à plat, non.

Autrement dit : le solaire ne fera pas fonctionner votre plinthe électrique au mois de janvier. Ce n'est pas son rôle et quiconque vous dit le contraire vous vend quelque chose.

Ce qu'il fait, en revanche, c'est maintenir en vie un parc de batteries qui alimente ce qui compte vraiment :

  • L'éclairage de la maison, pour quelques dizaines de watts
  • Le réfrigérateur et le congélateur, par cycles
  • Les téléphones, la radio, le portable — le lien avec l'extérieur
  • Le ventilateur de la fournaise au mazout ou à granules, entre 300 et 600 W

Ce dernier point est celui que les gens saisissent le plus tard. Une fournaise au mazout ne manque pas de mazout pendant une panne : elle manque d'électricité pour souffler l'air. Quelques centaines de watts séparent une maison chauffée d'une maison froide.

La combinaison qui fonctionne vraiment

Ce n'est ni l'un ni l'autre, c'est les deux.

La génératrice fait le gros ouvrage par courtes périodes : elle relance la fournaise, elle recharge le parc de batteries d'un coup, elle fait tourner la pompe de puits. Le solaire porte la charge de fond le reste du temps et recharge ce qu'il peut pendant le jour.

Résultat : les vingt litres qui vous donnaient une journée vous en donnent trois. Votre autonomie ne se compte plus en bidons, mais en semaines.

C'est là que le calcul de tension devient concret — 12, 24 ou 48 volts selon ce que vous voulez alimenter et pendant combien de temps. J'ai réuni les composants, les calculs de courant et le choix des protections sur la page solaire, classés par tension avec les chiffres pour chaque montage.

Si vous hésitez encore entre une génératrice et une station portative, l'article Génératrice ou station d'énergie ? compare les deux en détail.

Trois choses à faire avant l'hiver

  • Comptez vos litres, pas vos bidons. Divisez par vingt et vous obtenez vos jours d'autonomie réels.
  • Ajoutez du stabilisateur à l'essence entreposée, et faites-la tourner une fois par année.
  • Identifiez vos charges essentielles, en watts, sur une feuille. Sans ce chiffre, aucun dimensionnement n'est possible — ni pour une génératrice, ni pour du solaire.

La question n'est pas de savoir si une panne longue se produira. Au Québec, elle s'est produite trois fois en trente ans. La question est de savoir au bout de combien de jours la vôtre commence à faire mal.

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