Une panne d'hiver ne ressemble pas à une panne d'été. En juillet, c'est un inconvénient. En janvier, une maison bien isolée perd environ un degré à l'heure, et une maison ordinaire deux fois plus vite. Vous avez donc une fenêtre : quelques heures pendant lesquelles la maison est encore tiède et où tout est encore facile.
C'est cette fenêtre qu'il faut utiliser. Voici comment je la découpe, avec les familles que je visite.
Heure 0 — Trois gestes, tout de suite
Vérifiez l'étendue. Regardez dehors. Si les voisins sont dans le noir eux aussi, c'est le réseau. Si vous êtes seul dans le noir, c'est votre entrée électrique ou votre panneau — et là, ça devient une urgence différente, qui demande un électricien.
Débranchez les gros appareils. Ordinateur, télé, four, thermopompe. Au retour du courant, la remise en marche simultanée de tout le quartier provoque des sautes de tension qui abîment l'électronique. Laissez une seule lampe allumée : elle vous préviendra du retour, même à trois heures du matin.
Fermez le réfrigérateur et n'y touchez plus. Un frigo fermé tient environ quatre heures. Un congélateur plein en tient quarante-huit, un congélateur à moitié vide, vingt-quatre. Chaque ouverture coûte une fraction de ce capital. Décidez maintenant ce que vous sortez pour le souper, sortez-le d'un coup, et refermez.
Heure 1 — La chaleur, et le piège qui tue
C'est ici que se jouent les vraies vies, et il faut être direct : au Québec, ce qui tue pendant les pannes hivernales, ce n'est presque jamais le froid. C'est le monoxyde de carbone.
Chaque hiver, des gens rentrent une génératrice dans le garage, allument un barbecue au propane dans la cuisine, ou font tourner l'auto porte de garage fermée pour se réchauffer. Le monoxyde est inodore, incolore, et il endort avant de tuer.
- Jamais de génératrice à l'intérieur, ni dans le garage, ni sous un abri d'auto, ni près d'une fenêtre. Dehors, à bonne distance de la maison.
- Jamais de barbecue, de réchaud de camping ou de chaufferette au propane dans une pièce fermée.
- Jamais l'auto qui tourne dans un garage, même porte entrouverte.
- Si vous avez un poêle à bois ou un foyer, assurez-vous que la cheminée n'est pas obstruée avant de l'allumer.
Un avertisseur de monoxyde de carbone à pile est l'un des achats les plus rentables de toute votre préparation. S'il en existe déjà un chez vous, testez-le ce soir.
Ensuite seulement, occupez-vous de la chaleur. Le principe est simple : on ne chauffe plus une maison, on chauffe une pièce. Choisissez la plus petite, idéalement au sud et sans grande fenêtre. Fermez les portes des autres pièces. Bloquez le bas des portes avec des serviettes. Tirez les rideaux à la tombée du jour — une fenêtre nue laisse partir énormément de chaleur la nuit — et rouvrez-les au soleil du matin.
Habillez-vous comme pour l'extérieur, en couches, avec une tuque. On perd une part importante de sa chaleur par la tête, et rien de tout ça ne coûte un sou.
Heure 2 — L'eau, avant qu'il soit trop tard
Si vous êtes sur un puits, votre pompe est électrique : plus de courant, plus d'eau. C'est immédiat, et c'est le premier réflexe à avoir.
Si vous êtes sur l'aqueduc municipal, vous avez encore de l'eau pour un temps, mais les stations de pompage fonctionnent aussi à l'électricité et ont une autonomie limitée.
Dans les deux cas, le geste est le même et il prend cinq minutes : remplissez tout ce que vous avez. Chaudrons, cruches, bouteilles. Et si la panne s'annonce longue, remplissez la baignoire — cette eau-là ne servira pas à boire, mais à tirer la chasse.
L'autre risque est le gel des tuyaux. Il ne devient sérieux que si la température intérieure descend sous zéro, ce qui prend beaucoup plus de temps qu'on le croit. Par précaution, laissez couler un mince filet à un robinet éloigné, et sachez où se trouve votre valve d'entrée d'eau. Si un tuyau gèle malgré tout, ne le dégelez jamais au chalumeau : c'est la première cause d'incendie liée aux pannes.
Heure 3 — La lumière et l'information
Sortez les lampes avant qu'il fasse complètement noir, pas après. Chercher une lampe de poche dans le noir, dans une maison qui refroidit, avec des enfants inquiets, c'est le genre de détail qui fait basculer une soirée.
Privilégiez les lampes frontales : elles laissent les deux mains libres, ce qui change tout quand il faut cuisiner ou s'occuper de quelqu'un. Les chandelles restent une cause d'incendie importante — si vous en utilisez, jamais sans surveillance et jamais près d'un rideau.
Pour l'information, une radio à manivelle capte les alertes d'Environnement Canada et la radio publique sans dépendre de rien. C'est aussi ce qui vous dira si l'événement est local ou régional, et donc s'il faut s'attendre à des heures ou à des jours.
Ménagez votre téléphone. Baissez la luminosité, activez le mode économie d'énergie, et privilégiez les messages texte aux appels : ils passent quand le réseau est saturé, et consomment beaucoup moins. Les tours cellulaires ont une réserve de batterie de quelques heures seulement — ce que vous avez à dire, dites-le tôt.
Heure 4 — Les gens
Faites le tour de vos voisins, surtout les personnes âgées et celles qui vivent seules. Cinq minutes de porte-à-porte valent plus que n'importe quel équipement, et c'est comme ça qu'on découvre que la dame d'à côté n'a ni lampe ni chauffage d'appoint.
Envoyez un message à votre famille pendant que le réseau tient : où vous êtes, comment vous allez, et où vous iriez si vous deviez partir. Ça évite dix appels inquiets plus tard, quand la batterie sera basse.
Heure 5 — Manger et boire chaud
Un repas chaud, à ce stade, vaut bien plus que ses calories. Il réchauffe de l'intérieur, il occupe les enfants, et il redonne à la soirée une allure normale.
C'est là qu'un moyen de cuisson autonome prouve sa valeur — utilisé dehors, sur le balcon ou dans l'entrée, jamais à l'intérieur. Une soupe, un chocolat chaud, et l'ambiance change.
Buvez, même sans soif. On se déshydrate en hiver sans s'en rendre compte, et la déshydratation accélère le refroidissement du corps.
Heure 6 — Rester ou partir
C'est la décision que les gens repoussent trop longtemps, souvent par orgueil.
Trois signaux qui disent de partir :
- La température intérieure est descendue sous 10 °C et continue de baisser, sans aucune source de chaleur.
- Quelqu'un dans la maison est vulnérable : nourrisson, personne âgée, personne dont un appareil médical dépend de l'électricité.
- Hydro-Québec annonce un rétablissement au-delà de 24 heures et vous n'avez pas de chauffage d'appoint sécuritaire.
Partir n'est pas un échec. C'est la décision que je recommande le plus souvent, et elle se prend beaucoup mieux à 20 h avec les routes praticables qu'à 3 h du matin dans une maison à 6 °C.
Avant de quitter : baissez le thermostat, fermez l'entrée d'eau si vous partez pour plusieurs jours, et emportez votre sac d'évacuation. S'il est déjà prêt près de la porte, cette étape prend trente secondes au lieu de trente minutes.
Vous préférez qu'on regarde ça ensemble ?
Trente minutes en visioconférence, gratuites et sans engagement. Je vous dis où votre maison est solide et où elle ne l'est pas.
Réserver mon bilan gratuitCe qu'on aurait voulu avoir fait avant
Chaque panne révèle les mêmes oublis. Trois d'entre eux se règlent un samedi après-midi :
- Un ouvre-boîte manuel. Trente conserves au garde-manger ne servent à rien si le seul ouvre-boîte de la maison est électrique. C'est l'oubli numéro un des maisons que je visite.
- Une lampe frontale par personne, rangée toujours au même endroit, et des piles testées deux fois par année.
- Un avertisseur de monoxyde de carbone à pile, testé lui aussi.
Le reste — les réserves d'eau, l'énergie d'appoint, le plan familial — se bâtit progressivement. J'ai rassemblé le matériel que j'utilise et que je recommande, et le détail d'un sac d'évacuation monté pièce par pièce, avec un plan d'achat étalé pour ceux qui ne veulent pas tout acheter d'un coup.
Aucun bunker là-dedans. Juste une maison où la prochaine panne sera une soirée bizarre plutôt qu'une mauvaise nuit.